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Michel Donato, à hauteur d’homme

Michel Donato, à hauteur d’homme

Marie-Eve Boisvert

C’est le 5 septembre prochain que le Festi Jazz de Rimouski recevra, à l’occasion du concert de clôture de l’événement, le contrebassiste et compositeur québécois Michel Donato. Le musicien, dont l’ampleur de la carrière équivaut à l’humilité – et au plaisir toujours évident – qu’il a à faire vibrer les cordes de son instrument -, y sera en compagnie de trois acolytes, soit le pianiste François Bourassa, le batteur Pierre Tanguay et le saxophoniste Frank Lozano, pour présenter au public l’exaltant projet « Re : Bill Evans ». 

 

Re : Bill Evans 

Ce concert se veut, comme son nom le laisse deviner, un hommage au répertoire riche et désormais classique de l’illustre pianiste de jazz américain Bill Evans.  Pour ce faire, le quatuor de musiciens chevronnés, mais surtout « foncièrement motivés », comme l’indique Michel Donato, interprète parmi les plus célèbres pièces de l’œuvre intégrale de l’homme, laquelle est forgée dans les sonorités de la tradition jazz. Le projet actuel, teinté par l’ouverture d’esprit de ses interprètes et de leur plaisir évident à témoigner de l’impact de la musique d’Evans, 30 ans après son départ, a d’ailleurs donné lieu à la parution de deux opus : « Autour de Bill Evans », en 2011, puis Re : Bill Evans, en 2018. 

Le projet, une idée initiale de Frank Lozano, se veut un prétexte parfait pour Donato afin de replonger dans l’univers de celui qu’il a notamment eu le bonheur d’accompagner, sur scène, durant les années 70 : « Bill Evans, c’est un musicien qui a indéniablement marqué mon parcours, et ce dès les années 50; probablement l’un des plus grands pianistes que j’aie eu l’opportunité de rencontrer. Il y en a eu d’autres bien sûr, mais disons que dans son cas c’était bien spécial. » Aux yeux du contrebassiste, le musicien se veut un Chopin des temps modernes, alors que les harmonies de Bill Evans étaient marquées par les influences d’impressionnistes français, notamment des couleurs de son compositeur favori, Scriabine. 

À quoi le public rimouskois peut-il s’attendre donc, lors du 5 septembre prochain, niché au cœur de la salle Desjardins-Telus? « Au meilleur spectacle de leur vie, rien de moins! », s’exclame Donato au bout du fil. Le musicien ajoute du même souffle qu’il se considère très choyé, non seulement de l’invitation du Festi Jazz à jouer lors de cette 35e édition, mais surtout de la possibilité qui lui a été offerte d’avoir carte blanche pour sa participation, pour laquelle il n’a pas hésité à choisir le projet Re : Bill Evans

Un parcours fait de plaisir et de rencontres 

Lorsque l’on se penche sur la longue et riche carrière de Michel Donato, tout porte à croire qu’il n’y a que peu de place qui fût laissée au doute dans celle-ci, alors que ce sont plutôt la spontanéité et l’audace qui semblent avoir propulsé le musicien au gré de sa trajectoire, et ce, dès le plus jeune âge. « Alors que j’avais tout juste 13 ans, j’ai eu la chance de jouer sur la contrebasse – blanche! – qu’un cousin éloigné avait emmenée à une soirée du Temps des fêtes. Dès que j’ai touché à cet instrument, je me suis dit que c’est ce que j’allais faire de ma vie », raconte Donato. L’histoire dit qu’il n’a jamais changé d’idée par la suite. 

À la même époque, le jeune musicien entreprend son parcours en étudiant au Conservatoire de musique de Montréal. Puis, dès les années 60, les expériences s’enchaînent et rapidement Michel Donato parcourt le monde comme contrebassiste, que ce soit en participant à des festivals ou en accompagnant de grands noms du jazz, tels qu’Oscar Peterson, Joe Morello, Phily Jo Jones & Bill Evans à l’international, ou des acolytes comme Alain Caron et Lorraine Desmarais, au Québec. Il faut dire que, lorsqu’il est question des collaborations de Donato, la liste peut s’allonger bien longtemps, alors que l’artiste a toujours entretenu un rapport privilégié avec cette idée de partager la musique avec autrui. « Pour moi, d’avoir l’opportunité de jouer avec les meilleur.e.s musicien.ne.s que je connaisse, c’est le bonheur. Ce sont des échanges qui permettent non seulement d’évoluer en tant qu’artistes, mais qui emmène également à préserver notre ouverture d’esprit », affirme-t-il. 

Versatile, Michel Donato a également, au cours des dernières décennies, pris part à la création de plusieurs albums, notamment en compagnie de Félix Leclerc, composé de nombreuses pièces pour l’industrie de la télévision et du cinéma et enseigné à l’Université McGill et à l’Université de Montréal. 

Suivant l’éloquence de sa pratique musicale au long cours, Donato a reçu plusieurs prix en carrière. En 2007, il rejoignait notamment l’Ordre du Canada, une importante distinction nationale. 

Pour la suite 

Concernant sa participation à la 35e édition du Festi Jazz de Rimouski, le contrebassiste se dit bien enthousiaste. Le festival représente pour lui, non seulement de précieux souvenirs, dont « une marquante collaboration avec la pianiste Lorraine Desmarais » qu’il ne manque pas de me mentionner au passage, mais surtout la possibilité de rencontres stimulantes ainsi qu’un contexte idéal pour le foisonnement de la relève. La santé de cette dernière tient en effet à cœur de Donato, qui voit en la prochaine génération de musicien.ne.s jazz beaucoup de talent, mais aussi une bonne part de défis : « Il est impératif d’avoir accès à l’autre, et surtout, au public, afin d’être stimulés en tant qu’artistes, et bien sûr, pouvoir vivre de ce métier. Après cette dernière année marquée par la pandémie, dont le milieu musical a beaucoup souffert, je souhaite que les jeunes puissent trouver du travail et aient la possibilité de diffuser leur musique », explique Michel Donato. 

Car pour le contrebassiste d’expérience, le rôle du musicien jazz en société reste encore d’être en mesure de partager, au public et le plus fidèlement possible, ses compositions et interprétations. 

Michel Donato – Re : Bill Evans: un rendez-vous à ne pas manquer le 5 septembre prochain à la salle Desjardins-Telus