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Musique urbaine sur fond d’air salin au Festi Jazz de Rimouski

Musique urbaine sur fond d’air salin au Festi Jazz de Rimouski

Marie-Eve Boisvert

C’est le 2 septembre prochain qu’aura lieu le concert de la formation montréalaise The Liquor Store, lors duquel on risque d’assister à un enchaînement de grooves contagieux et d’arrangements rodés au quart de tour. À l’occasion de son passage sous le chapiteau du Festi Jazz, ce septuor aux influences multiples a par ailleurs choisi d’offrir au public rimouskois, en plus de son propre répertoire, une formule aux sonorités hip-hop. Il s’alliera pour ce faire aux rappeurs IMPOSS et RYMZ, ainsi qu’à la nouvelle venue Naya Ali, dans ce qui s’annonce un « remaniement à la sauce Liquor Store » des pièces originales de ces artistes du flow et de l’argot. 

 

De la nécessité d’aller au-delà des conventions

 

Cette idée de brasser les cartes en déjouant les styles et règles établies fait depuis toujours partie prenante de la démarche de création du groupe. Il faut dire que la naissance même du band s’est faite au hasard de ce qui se voulait, il y a maintenant 10 ans, des sessions de jams alimentées par l’énergie festive et la curiosité créative de jeunes étudiants en musique du Cégep de Saint-Laurent. Et bien que l’essentiel de cette approche dictée par le flow et la liberté des inspirations est effectivement restée, les sept musiciens de la formation actuelle – que sont Rémi Cormier (trompette), Jules Payette (sax alto), Alex Francoeur (sax tenor), Félix Blackburn (guitare), Félix Leblanc (claviers), Émile Farley (basse) et Jean-Daniel Thibeault-Desbiens (batterie) – ont su l’orchestrer sur de solides bases rythmiques et harmoniques, de sorte qu’ils en ressort des pièces bien ficelées, sur lesquelles on reconnaît d’ailleurs aisément la signature Liquor Store. 

 

Alors qu’il n’y a pas de style interdit pour la formation, certains favoris s’illustrent tout de même: « Que ce soit la précision rythmique du funk, le groove typique du hip-hop, l’effet imposant des harmonies techniques propres au jazz ou le gros kick – typique du disco – qui fait lever les gens à tout coup, on peut retrouver dans chacun de ces styles cette particularité qu’on aime et qui donnera une couleur unique à notre résultat final », me précise Rémi Cormier. 

 

Puis viennent immanquablement les collaborations : « La matière première de ce qu’on produit, c’est exclusivement instrumental. L’idée c’est donc d’emmener ça encore plus loin par la suite, en invitant tout autant des chanteuses que des poètes ou des MCs bien établis, à poser leurs strophes sur notre musique » explique le trompettiste. C’est ainsi que l’on peut retrouver les voix d’artistes telles que Milla Thyme, Random Recipe et Malika Tirolien au travers des deux premiers EP de la formation, respectivement Hooked et Room for Everyone, ainsi que sur son premier long-jeu, Nightdrive

 

Créativité fertile et projets à grand déploiement 

 

De ces trois opus, tous se sont créés de façon organique, alors que le processus créatif de prédilection des sept musiciens reste encore de partir d’une première idée de composition – lesquelles sont souvent proposées par le claviériste Félix Leblanc – puis d’en tester toutes les possibilités, réunis dans une même pièce, sans regarder l’horloge, quitte à finir le tout en gros déjantage collectif! Le 2e album de la formation n’a toutefois pu bénéficier de cette démarche collective, ni de l’apport de collaborateur.trice.s externes; on en devine la raison. 

 

Colossus est né d’une vision plus structurée ainsi que de moments d’introspection solitaire, alors que la totalité de ses pièces a été créée à distance. Les membres du collectif ont d’ailleurs dû, pour les besoins du projet, s’équiper d’un studio maison pour s’enregistrer eux-même, s’échangeant lignes et idées de façon virtuelle. Et si la façon de faire était inédite, le résultat de cet album autoproduit l’est tout autant me confirme Rémi Cormier: « Alors qu’on était vraiment ailleurs pour cet album, par rapport à Nightdrive notamment, il en est ressorti un résultat qui transporte dans une atmosphère grandiose, contemplative et faites de thèmes larges. Nous avions cette idée de créer un tout très linéaire aux pièces imbriquées les unes dans les autres, une histoire campée dans un univers un peu flyé, qui s’écouterait du début à la fin. » À en croire l’accueil survolté que le public a offert à la formation, qui a présenté ce printemps le matériel de ce deuxième album en présentiel, le pari est plus que réussi! « C’est définitivement l’opus de The Liquor Store le plus jazz à ce jour, dans lequel il ne manque pas de gros solos », ajoute avec enthousiasme Rémi. 

 

Le trompettiste ne manque pas de me préciser que, bien que cet opus ait été composé selon une approche plus cadrée, rien ne l’empêchera de se transformer avec le temps, alors que l’ouverture d’esprit de la formation reste encore sa raison d’être. À ce propos, le septuor a récemment élargi ses troupes pour former un projet parallèle, celui du « Liquor Store Big Band », composé de moins de 17 musiciens, qui, avec une instrumentation tirée de la tradition des ballrooms, s’éclate dans un répertoire de funk contemporain! Pour Rémi Cormier et ses comparses, on l’aura compris, « il n’y a pas de règles en ce qui concerne le format du groupe, si ce n’est celle de la versatilité et de l’impératif de constamment rester à l’avant-garde. »

 

Orchestrer un concert éclaté et à l’avant-garde 

 

Bien que le contexte des derniers mois ne soit pas parvenu à éteindre l’esprit créatif de la formation, celui-ci aura tout de même empêché ses membres de faire ce qu’ils font de mieux : faire lever une foule! « Le retour sur les planches, c’est assez intense, il faut redémarrer la machine alors que la scène musicale reprend vie un peu partout en même temps! Pour notre part, notre présence au Festi Jazz correspond probablement à notre quatrième spectacle devant public depuis le retour, et le premier qui incluera des MCs, c’est donc un concert qui représente un défi ultra stimulant et excitant pour notre formation! », me partage Rémi. C’est que, lors de ce « gros show éclaté », pour reprendre les dires du musicien, les rôles s’inverseront et ce seront les membres de Liquor Store qui viendront se coller aux titres des artistes invité.e.s, lesquels seront magnifiés à coup de cuivres, de claviers et de modifications inédites. 

 

Alors que le public montréalais est conquis depuis près d’une décennie par la recette de Liquor Store, le septuor perçoit comme un privilège les opportunités de présenter sa musique en dehors de la métropole. Ces virées leurs permettent, d’une part, de sortir de leur zone, et d’une autre, de faire découvrir à un public inédit un jazz qui déborde de ses normes. Rémi me précise : « Ce qu’on présente comme musique, alors qu’on essaie avant tout de fusionner les styles et d’en déconstruire les délimitations, je crois que ça correspond probablement plus à ce qu’on pourrait définir comme la suite logique du jazz, si l’on se compare à la tradition même du style, qui se situe plutôt dans le bebop et le swing, et dont notre son s’éloigne aujourd’hui redoutablement! »

 

En contrepartie, l’artiste me partage que, s’il y a bien une chose qui ne définit pas le jazz, c’est l’idée qu’il s’y trouve des règles strictes, ainsi il croit, ou du moins espère, que le dénominateur commun de ce qui se dit jazz réside dans cette liberté propre à l’improvisation.

 

The Liquor Store sera en prestation le 2 septembre prochain à la Place Festi Jazz Québecor